HEURE EXQUISE !

Présentation par Sandra Lischi

N'oublions pas le point d'exclamation !

Notes sur le catalogue 2000
J'ai finalement retrouvé mon texte avec les notes. Mais j'ai du feuilleter un certain temps mon journal de travail, le cahier 1995-97: adresses oubliées, descriptions lapidaires ou amoureuses d'œuvres vues en voyageant à travers le monde, des congrès, des rencontres, des interventions, des festivals... et soudain l'apparition des mots " Mons en Baroeul, 8/7/96 ": C'était la première fois que je voyais et que je visitais le Fort de Mons, sa vaste cour, les grands bureaux lumineux d'"Heure Exquise !", la salle de projection, les collections vidéo, la bibliothèque… Je connaissais Le collectif Heure Exquise !, son infatigable, sur-occupé service de distribution international d'œuvres vidéo auquel je recourais souvent moi-même et que je signalais sans arrêt à ceux qui, toujours plus nombreux, me demandaient comment et où trouver des travaux d'art électronique.

Des bandes qui arrivaient et qui partaient, qui partaient et arrivaient. Les versions en langues originales et celles en versions sous-titrées, les modalités de location, les possibilités de demander des œuvres en visionnage, le service de consultation pour les expositions par thèmes… Combien de fois n'ai-je pas senti le manque d'une telle structure dans mon pays ? Combien de fois n'ai-je pas donné cette adresse, ces numéros de téléphones et de fax ? Avenue de Normandie - Le Fort-...

Au cours de ces journées, ces deux mots un peu énigmatiques, "Heure Exquise !", avec leur point d'exclamation sont devenus une réalité vive et visible, concrète et solide, exactement comme ce Fort imposant au milieu des mémoires minières de la région, à deux pas de Lille. Je n'étais pas seule: avec moi une petite foule d'auteurs, d'artistes, de critiques, des spécialistes, et beaucoup d'enseignants, de formateurs et d' "opérateurs " culturels qui partageaient pendant ces quelques jours intenses, l'expérience de l'"Université d'Eté sur l'Art Vidéo". Mes notes retrouvées: les séminaires sur Chris Marker (j'ai écrit: "la pensée en route"), la rencontre avec Pierre Lobstein ("nettoyer l'œil"; "souplesse, liberté, intimité de la vidéo"; retrouver une esthétique qui puisse à nouveau appeler le spectateur, convoquer son regard...") Et avec Gianni Toti: "une vérité à construire, pas une vérité à donner..."; " la poésie: construction du monde, pas explication du monde... La poésie c'est faire des choses qui avant n'existaient pas"; "l'œuvre d'art comme habitation poétique du monde..."

Des fragments de film jamais vus auparavant, ou même complètement redécouverts. Les histoires du cinéma de Godard. Pierre Trividic et la mise en scène de l'expérience scientifique (Newton), Stefan Decostere et les "travelogues comme essais-vidéo sur la ville". Et encore, des pages denses de notes rapides, des phrases soulignées, des citations (à un certain moment, même Max Ophuls: "le bonheur n'est jamais gai". Mais peut-être que le bonheur est une heure exquise !, ai-je envie d'ajouter aujourd'hui...). Pendant 5 jours, cette extraordinaire expérience de partage intense de pensées, d'images, de doutes, et de questions sur la création vidéo (et les connections inéluctables avec un certain cinéma) allait au-delà des nombreuses heures passées dans la salle de projection: cela se poursuivait dans les pauses, dans les conversations dans la cour, dans les promenades autour du Fort de Mons, dans les consultations des matériaux d'informations généreusement distribués. Des dossiers, par exemple, sur les auteurs, que je conserve et consulte continuellement.

Voilà: j'ai retrouvé cet ensemble de feuilles, juin 96, qui invitaient à échanger idées et visions sur les "Ecritures Audiovisuelles: Cinéma, vidéo, Télévision", offrant, en premier lieu, le "temps". Enfin, une rencontre, un séminaire duraient des heures, parfois une journée entière. Enfin je ne subissais pas la torture de la vitesse, et je n'avertissais pas de la part des organisateurs, comme cela arrive souvent, l'angoisse de clôturer, de se dépêcher, de soigner plus la mise en scène globale que le développement de la pensée. Du temps. Voir, connaître, approfondir, demander et répondre.

Soudain, durant ces exquises et lumineuses journées du mois de juillet, j'ai compris que "Heure Exquise! " était beaucoup plus qu'un centre de distribution de cassettes vidéo, beaucoup plus que ce déjà "beaucoup", où nous puisions tous pour organiser des expositions et obtenir " une mise à jour " sur la création vidéo. J'ai compris que la présence de ses membres, à travers le monde ( dans les festivals, les expositions, les conférences) est une présence pensante, le signe d'une confrontation constante avec les œuvres et les auteurs, et pas seulement celle d'une activité d'information, de sélection et de collection. Et j'ai compris que le Fort est un laboratoire permanent d'activités diverses, comprenant la réalisation et la production (la troublante vidéo danse Not Totally), une programmation sur grand écran d'œuvres électroniques, l'organisation et la préparation de rencontres et d'expositions, les rendez-vous réservés aux professionnels du secteur. Et un rôle de guide dans la coordination de la diffusion vidéo ("les cent lieux").

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N'oublions pas le point d'exclamation ! Notes sur le catalogue 2000

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